Saccager des espaces publics lors du G7 ne frappe pas les dirigeants au sommet. Ça frappe les voisins, les commerçants, les contribuables — et surtout la cause elle-même.
Le G7 attire, comme chaque année, son lot de contestataires. Des milliers de personnes se mobilisent pour dénoncer les politiques des grandes puissances mondiales, et c'est leur droit le plus légitime. Sauf que cette année encore, une partie des manifestants a choisi une autre méthode : saccager des espaces publics, dégrader du mobilier urbain, vandaliser des bâtiments.
Le résultat est paradoxal, pour ne pas dire contre-productif.
C'est la première réalité que ces manifestants semblent ignorer — ou refuser d'admettre : les coûts de remise en état des espaces publics dégradés sont intégralement supportés par l'État, c'est-à-dire par les contribuables. Par les habitants du quartier. Par les commerçants du coin qui n'ont rien demandé.
Les bancs arrachés, les abribus brisés, les façades taguées, les véhicules incendiés — rien de tout cela n'atteint les leaders du G7, confortablement réunis à l'abri dans leur salle de sommet. Ce sont les riverains, les élus locaux, et in fine les citoyens ordinaires qui absorbent la facture.
En cassant des espaces publics, les manifestants violent les biens communs — ceux qui appartiennent à tout le monde, y compris aux personnes les plus modestes qu'ils prétendent souvent défendre.
Ce qui frappe, c'est l'écart entre les mots et les actes. Nombreux sont les groupes qui se mobilisent autour du G7 en se réclamant de valeurs de démocratie, de dialogue et de contestation pacifique.
Difficile pourtant de qualifier de « pacifique » des actions qui se soldent par des vitrines brisées, des feux allumés sur la voie publique et des forces de l'ordre mobilisées en masse. Il y a là une contradiction que les organisateurs peinent à expliquer — et que les images diffusées largement sur les réseaux sociaux ne permettent pas d'occulter.
Se réclamer de valeurs pacifiques tout en tolérant — ou en ne condamnant pas — les violences dans la rue, c'est une posture qui fragilise la crédibilité de l'ensemble du mouvement.
Au-delà de la question morale, il y a une question d'efficacité pure.
Les mouvements qui ont historiquement changé les choses — droits civiques, suffrage universel, décolonisation — l'ont souvent fait en occupant le terrain moral avec discipline. Quand les images qui circulent dans les médias montrent des poubelles en feu plutôt que des discours convaincants, c'est le message qui disparaît.
Les journalistes couvrent les affrontements. Les réseaux sociaux amplifient le spectaculaire. Et les personnes que les manifestants cherchent à convaincre — l'opinion publique — se retrouvent à regarder des scènes de destruction plutôt qu'à entendre des arguments.
La violence ne radicalise pas les indécis. Elle les fait fuir.
Les conséquences sont bien réelles — et elles ne touchent pas les bonnes personnes :
Manifester, c'est un droit fondamental. Critiquer le G7, ses politiques économiques, son rapport au Sud global, à l'environnement ou aux inégalités — c'est un débat nécessaire et légitime.
Mais dégrader des espaces publics ne frappe pas les puissants. Ça frappe les voisins. Ça frappe les contribuables. Et ça frappe, surtout, la cause elle-même.
Se réclamer de valeurs pacifiques et démocratiques tout en laissant des images de chaos urbain définir le mouvement dans les esprits — c'est peut-être la contradiction la plus dommageable de toutes.